La femme à 1000°.

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Diable, je n’ai jamais été douée pour faire des résumés, mais je vais quand même essayer la vérité. Alors c’est l’histoire d’Herra la sanguine, d’Herra la divine, qui du haut de ses quatre vingts ans nous trace les grands moments de sa vie, entre supplices de la seconde guerre mondiale et enfance joyeuse et sauvage en Islande. La vioque, retranchée dans son garage froid, a la langue bien pendue et rentre dans le lard de toutes les convenances.

(Bon d’accord d’accord, question résumé, on ne peut pas dire que je me sois foulée. Mais c’est que je déteste ça, faire état de chefs d’oeuvre en quelques lignes fades et stériles). La fin est proprement hallucinante, j’en suis restée comme deux ronds de flanc cuit au soleil, la bouche ouverte pendant une grosse poignée de minutes, tant la surprise et l’horreur étaient grandes.

« Grand mère m’enseigna rapidement de ne pas trop prêter attention aux âneries des hommes, et de creuser sous la surface des longues barbes, des bustes ou des uniformes. C’est une sale manie chez nous, les femmes, que de mettre sur un piédestal les absurdités de ces porteurs de cravates. Comme si chacun de leurs mots étaient gravés dans le marbre. Se dire que les hommes sont plus intelligents que les femmes parce qu’ils connaissent davantage de poèmes et siègent plus nombreux en position de pouvoir est un des mensonges les plus fondamentaux de notre temps. On retrouve même ces fabulations dans les écrits et paroles de nos plus éminentes héroïnes.

Cette illustre femme eut son influence sur moi. Lorsque les bras de maman me berçaient, c’est grand mère que j’observais. Je me soûlais de sa détermination et de sa sévérité, je vénérais sa hardiesse et admirais sa virilité. Bien plus tard, on m’accusa d’être trop masculine pour une femme. mais c’est là la conclusion que je tire de ma vie entière: pour survivre en ce bas monde, mieux vaut pour la femme être un homme comme les autres. »

(Et dire que c’est un homme qui a pondu ça.)

« Tandis que je me tirais hors de mon trou, les côtes imbibées, je ne savais plus où je me trouvais, et me laissai un instant envahir par la joie, avant d’être sitôt replongée dans les ruines de la Seconde Guerre mondiale. Il devait être cinq ou six heures tout au plus: le ciel à l’est était rouge sang, le guerre ronflait encore paisiblement, et pas un oiseau à l’horizon.

Je m’installai sur une pierre afin de contempler à distance toute une vie, et me voir ainsi: assise dans mon manteau sale et mes « chaussures » poussiéreuses, une écharpe rouge en lambeaux autour du cou, jeune fille en fleur au quatrième mois de sa quinzième année, la fugacité au regard et les lèvres pleines de vie. Belle et parfaitement libre, parfaitement affamée, parfaitement désespérée.

L’une de mes jambes était étendue au sol; l’autre sur la pierre; je plaçai une main sur mon genou. Une position classique. Je ressemblais à une statue de l’Antiquité grecque, jeune déesse splendide; j’étais vivante et tout autour de moi était de marbre et de mort: les ruines, les monceaux de briques, la pierre brisée…Même le brin d’herbe qui s’échappait des cendres s’était fossilisé, même la mouche posée sur la rampe forgée était pétrifiée. Tout était mort, tout était morne. Le monde était vide et le vide était en moi. J’étais une jeune Européenne à l’aube printanière de l’existence. Incroyablement chanceuse aussi, car il s’agissait là du pire printemps de l’histoire. L’héritage de générations rabattu contre la terre. Tout ce que l’homme avait accompli, construit à la sueur de son front, créé pendant un millier d’années, tout ce qui m’avait légué à ce monde avait été annihilé. »

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