« Yo no soy franchèch ».

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Il y a quelques temps, alors que nous étions (de corvée es ponte de colombins*) de sortie Bibot Sacquet et ma pomme Rainette, pomme d’Api, voilà ty pas que nous avons subi les foudres de guerre d’une vénérable harpie. Une de celles qu’on croise dans les films d’épouvante, avec le balai entre les cuisses, la peau comme du papier mâché, verdâtre à souhait, les sourcils autrement froncés, fichu sur la crête et voix d’ourse des tavernes incorporée, que la grand-maman de l’Exormisme à côté, c’est de la chiure d’oie. En conserve. Bien conservée.  J’exagère à peine oh mon bedide ganiche frisé.

Que je vous raconte.

Comme d’habitude, il pleuvait rondement sur le Poitou (et nos tronches accessoirement), la pitain d’ta mémé en bas résille fourrés. Comme à mon habitude, je portais** ma parka bleu cobalt boutonnée jusqu’au groin, la capuche ficelée sur la trogne que j’y voyais pas à deux mètres, qu’on aurait pu sans problème me faire défiler la tripotée de Brave-Bite-Georges-Clooney-Dan-Carter-what-else nus comme des vers devant le nez, que j’y aurais vu que du feu tellement j’avais des montagnes de tissu posées à même la forêt des yeux.

Bilbot Sacquet, comme à son habitude et ce, grâce à la pluie-maudite-maudite-sa-race-satanique (et les kilos de croquettes qu’il s’engouffre à longueur de journées), avait somme toute l’air d’une grosse et grasse saucisse velue, littéralement trempée, affublée d’une laisse et se dandinant gaiement à mes côtés, tout en laissant  de temps à autre une charmante trace liquide de son passage.

 

C’est à dire que le bougre pissait nonchalamment à chaque muret/portillon/lampadaire cerclé de fougère (et autres étrons) que nous croisions.

J’avoue que je ne faisais point attention à la bêêête/serpillère canine/salami sur pattes m’accompagnant le jarret. Tellement je geignais en dedans, tellement j’avais envie d’être n’importe où sauf ici et maintenant, tellement le crachin me nifflait*** la pomme des dents, tellement ma moumoute de poils synthétiques me piquait le paravent.

Bref. Nous avancions tous deux, bras dessus, laisse dessous, quasiment à l’aveuglette, lorsque mue par l ‘urgence (de m’essorer la  gaine) de refaire mes lacets, je m’arrêtai. La saucisse de Morteau me servant de cabot en profita alors pour se soulager une fois de plus aux babords d’une murette, près de laquelle sévissait une maisonnée d’aspect sévère, me faisant irrémédiablement penser à la bicoque de la famille Adams, les gargouilles hurlantes et déchirant le ciel en moins.

Penchée sur mes grôles et jetant un regard assassin au corniaud, je beuglais telle une vendeuse de rascasse enragée/péripatéticienne à capuche s’étant pris un râteau, abandonnée telle une brave merde à même le caniveau (et dans lequel son cerbère de compagnie se serait prestement vidangé les boyaux):

-Putanasse Sacquet, tu pourrais pas pour une fois t’abstenir d’uriner sur tous les murets qui croisent ta destinée?! Chien des quais! Misérable saucisse canine cellophanée! Obèse! Et! Trempée! C’est trop te demander que de te retenir la chipolata du vice et des délices? La pitain d’ta mémé se faisant ramoner le conduit de la cheminée!

Certes. C’est alors que tout se passa très vite. Relaçant ma super basket d’une main, tirant Bilbot le salaud de l’autre, je levai le museau vers la maison maudite de laquelle il me semblait discerner un bruit suspect. Mal m’en prit. Dans un fracas de tonnerre, les vitres de la bâtisse s’ouvrirent à la volée, laissant passer la trogne de l’infâme sorcière dont il est question ici et au demeurant, (démon de l’enfer) digne propriétaire des lieux.

-Tu fais caguer Bilbot!, continuais-je à maugréer entre mes dents de laie, bien que fixant la baie vitrée d’un œil apeuré. Sale roquet de mes deux, tu vas me le payer! Si j’avais seulement une tapette à mouches tsé tsé à portée du poign…

-Hé-alo!!, cria de sa fenêtre la bougresse affublée de verrues froufroutantes et d’un fichu comme on en fait plus sur le rouleau d’alu, me clouant le bec du même coup. Houhé has he faire hiffer aille yeuye non?!****

Evidemment je ne comprenais que couic à ce que me baragouinait la vioque, en raison de la raison pour laquelle j’étais acoustiquement hors service, cagoule sur le groin oblige. Même si je me disais bien en dedans que c’étaient sûrement point des petites flatteries me flattant le caban.

-Hein, hein?! Pouhez has he faihe hihher aille yeuye?, insistait la vieille peau à sa fenêtre, tout en faisant tressauter ses vilaines pustulettes.

Gorgée d’effroi et d’une honte certaine, je me relevai fissa, soulevai ma cagoule d’un millimètre ou deux, dans le but salace de me dévoiler les yeux et me mis subitement à gueuler, je ne sais toujours pourquoi, n’ayant point d’ancêtre poltouguèch par devant moi:

-Yo no soy franchèch!

-…, laissa échapper l’octogénaire, défenseuse des murets cerclés de pisse et ne s’attendant certes à avoir affaire à un espingoin, bigrement emmitouflé du tarin.

-Yo no soy franchèch!, je répétai une fois encore, faisant mine de m’éloigner de quelques pas.

Sur quoi, sans demander notre reste le Sacquet et ouam’ et sous l’oeil exorbité de la bonne femme, nous nous dépêchâmes (de nous cacher derrière un platane) de nous enfuir tels de gros et gras infâmes, comme si une armée de zombies salaces, à fichus sur la crête et teint olivâtre, nous collait rondement aux basques.

 

 « Yo no soy franchèch » quoi.

(N’empêche je savais bien qu’en plus d’être fondue du casque, j’avais la bilinguerie n’est ce pas en mon arc).

Au revoir.

*Seul le clebs dans la rue pond son petit crottin du matin. Pour ma part… je sais certes me tenir l’étendard.

**Élégamment, ça va de soi.

***Niffler: jargon marseillais signifiant une forte contrariété.

****Avec le recul, je pense que la da-dame a voulu expressément me signifier: « Hé alors? Vous pouvez pas le faire pisser ailleurs, non?!! » 

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