Canine balade.

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Tous les jours pendant une heure environ, sauf cas de force majeure* ou de maladie ténébreuse me clouant sur mon futon, je promène sagement le Sacquet. Pour le bien de son cochonnet et de sa morale gaieté, je m’arme de courage, saucissonne la bête de son gros harnais, y sangle la laisse et nous voilà partis de par les rues (nous geler le cul).

Au fil du temps les ‘ienchs du quartier se sont faits les balises vivantes de notre marche quotidienne. La liste des canidés à l’affût derrière leur bout de portail et qui aboient goulûment à notre passage est longue. Si la plupart se contentent de nous déverser leur bile à la truffe, marquant ainsi leur territoire, il y en a quelques uns qui sortent du lot et me font rire à tous les coups. Voyez plutôt.

Sur notre route, nous croisons tout d’abord le Scottish et  le vénérable Jack Russel qui se charclent incessamment le poil à notre approche. Je leur ai même trouvé des petits noms de chevet, preuve de ma formidable affection: « La Serpillère » et « La Sauçaïsse. »

C’est toujours la même chose: le Roi de la Comté et moi nous avançons vers leur jardinet clopin clopant. « La Serpillère », noire de jais, une touffe de poils filasses lui mangeant les globes oculaires, ramène ses guêtre en gueulant comme un putois, pisse contre la clôture. Le Sacquet renifle aussitôt le jet ainsi déversé, couine tel un goret, souille le grillage à son tour. Quelques secondes se passent et voilà « La Sauçaïsse » qui débarque sur ces entrefaites, traînant sa large bedaine, larynx hurlant. Elle se plante près de son compère, avant d’uriner elle aussi et de lui mordre férocement les naseaux. S’ensuit alors un véritable combat de chefs, digne des plus grandes scènes guerrières.

« La Serpillère » réplique par un coup de crocs bien senti sur la jugulaire de son collègue tandis que le Sacquet, imperturbable, répand son urine une fois de plus au nez et à la barbe des canidés, lesquels sont bien trop occupés à se taillader la frite, grognant, montrant les dents, pour s’en offusquer. Nous nous taillons fissa, ricanant telles des oies. Et. Laissons les deux monstres se bouffer les foies.

Vient ensuite le cabot ayant pour habitude de descendre les escaliers de sa terrasse à toute berzingue lorsqu’il nous aperçoit, avant de poser les pattes sur son muret de pierres et d’hurler à la lune tel un loup garou malade d’amour, museau au ciel et gueule rondement ouverte, comme si un orage allait soudain crever les nuages ou si nous étions  deux jambonneaux à l’os vivants.

-Ahouuuuuu! Aahouuuu!, fait le clebs jusqu’à ce que nous ne soyons plus qu’une paire de points infimes au loin.

Il y a aussi le Boxer qui saute en l’air tout le long de sa muraille pour essayer de nous croiser le regard et qui ne réussit à chaque fois qu’à passer la tronche au delà de son parapet. Le temps que nous dépassions le pare feu de sa maisonnée, on a bien vu sa trogne une dizaine de fois surgir des affres du néant, nous saluer et retomber tout de go telle une belle merde sur son lit. De papier hygiénique blanc.

Certes. Mais mon bâtard préféré reste sans conteste celui que j’ai habilement surnommé « Le Pignon de pin », chihuahua o combien minuscule qui est arrivé je ne sais comment, à brouter la haie de son jardin pour s’en faire un trou dans lequel il passe tout juste sa tête et aboie, se prenant ainsi pour le roi, la verdure faisant comme une crinière vaporeuse autour de son cerveau de vermisseau. De là où nous sommes, nous ne voyons alors qu’un mur de feuilles verdoyantes, frétillantes et une binette de chien aussi grosse qu’une tête d’épingle qui couine, s’agite à la lumière comme un hareng saur, si Senor.

Bigre. Voilà donc les bêtes qui n’ont de cesse de me mettre en joie.

*La flemme est assurément un cas de force majeure. La pluie, les coulées de boue aussi. Les glissements de terrains, l’avènement des sorcières de Salem et autres zombies sur mon chemin, les…Oh putaing voui, oh putaing ouh. Qu’èssy m’a donc pris de prendre sous mon aile ce salopard de toutou.

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