Roman.

3f6467928afb085df745797a264c0142

Voici les premières pages de mon roman, « Roulio Fauche le poil », que j’ai écrit il y a quelques temps de ça (et qui est toujours en chantier, grrr). L’héroïne, à qui j’ai donné mon surnom -mais seulement mon surnom*– est une esthéti’hyène de trente ans un peu paumée, un peu chtarbée, qui tente de se maintenir à flot et de grappiller les moments de bonheur, lui frôlant succinctement la plaquette de beurre. L’extincteur, le vélomoteur, le…

Bonne lecture!

*Bon d’accord, et ma forte propension à râler aussi.

      « Roulio Fauche le poil. »

1

An de grâce 2014, mercredi 19 novembre. Antre des bêtes de l’enfer et de ma pomme, Paris VIIème.

6h02 : Je n’ai qu’une seule chose à dire : le réveil est un thon. A cette heure l’univers tout entier est un thon. Les-petits-oiseaux-piaillards-sur-leurs-saloperies-de-fils-électriques sont un thon. Georges Clooney-tout-nu-tout-rasé-touillant-le-sucre-dans-son-café-au-lait est un thon en jupon. Je ne me lèverai pas. Jamais vous entendez, jamais !

6h04 : Je me lève.

Les yeux lourds de sommeil, je colle mon visage à la fenêtre près du lit, scrute la pénombre au dehors. Le ciel, saturé d’humidité, semble une immense pâte de brume dense constellée de pluie, voilant l’air d’un rideau de gouttes épaisses, ballet de perles bistres aussi fugace qu’insaisissable. Tout est vide et silencieux. La rue, que les lueurs frémissantes de quelques lampadaires jetés ça et là ne parviennent à réchauffer, s’étend comme la toile de fond d’un film post apocalyptique. Je frissonne malgré moi, les narines contre la vitre. Pour un peu je redouterais presque que Voldemort surgisse de derrière un immeuble et lance un sort au premier couillon venu, osant approcher sa Seigneurie noire des baguettes magiques et des balais.

****

Je suis « Roulio Fauche le poil », de  mon vrai nom « Roinita De Printemps » et :

-Mon métier consiste en l’éradication massive à la cire, de la fange pubienne du tout Paris.

– Il y a quatre chats possédés dans mon appartement qui squattent mes gaines en lycra ainsi que mes petits soutifs et me sautent dessus si j’ai le malheur d’enfiler un bonnet.

-La seule façon de les tenir en respect est de leur pourfendre le crâne à coups de tapette à mouches.

– Ma spécialité dans la vie est la « Fauche des poils ».

-Je suis atteinte d’un TOC aussi mystérieux qu’incurable, qui consiste à m’arracher à la pince à épiler le moindre poil du cuby. Sourcils compris.

– Il m’arrive d’entendre des voix dans ma tête. Le plus souvent, c’est le fantôme de Mickaël Jackson qui vient me claironner qu’il est mauvais.

– Ma spécialité dans la vie est la « Fauche des poils » et je n’ai plus de sourcils.

– Hier, dans les vapeurs obscures du jour déclinant, un mouflet m’a traitée de rescapée de Tchernobyl en jupon.

—Tu as vu la dame maman, a-t-il dit tandis que je marchais dans la rue, les bras chargés de victuailles, elle a du radiactif sur les yeux ! On dirait E.T dans le film, mais sans le drap ! Elle est malade ?

—Mon chéri, a répondu sa génitrice pas vraiment gênée, je t’ai déjà dit cent fois qu’on ne montre pas les gens du doigt. Surtout ceux qu’on ne connait pas (et qui ont tout l’air du fantôme de l’Opéra). Allez viens !

—Oui mais maman, elle est malade la dame ?

****

Devant la glace, campée sur mes guiboles, en culotte. Ai essayé de tendre le doigt droit devant moi en beuglant « Maison, MAIIIIISON!! », un drap à moitié sur la nouille, comme dans le film de Spielberg. Je dois dire que le résultat est édifiant. On pourrait farfaitement me prendre pour un extraterrestre nain, verdâtre et trapu, avec des yeux de macchabée (sans sourcils), si seulement je daignais sortir en combinaison de draps.

****

Pour la première fois depuis longtemps, l’institut est désert à mon arrivée. Je gare mon vélo près du grand portail de fer forgé, gagne les locaux paisibles. Malgré la bruine de l’aube, le soleil illumine maintenant la boutique comme un miracle d’avant Noël. J’inspire profondément, laisse la chaleur de la pièce m’imprégner. Un rayon de miel me chatouille le nez, farfadet de braise espiègle et infime, me piquant les yeux.

Il serait peut être temps que je prenne soin de moi et que je cesse de me scalper l’épiderme, me dis-je, tandis que j’observe mon reflet dans le miroir en ogives. Que j’arrête d’épiler le moindre bout de peau à passer sous mon nez  -celui des hommes en particulier. Le dernier mâle à partager ma vie ayant pris ses jambes à son cou parce que j’étais selon lui, « trop obsédée par l’idée de lui faire une peau nette et lisse, sans duvet ».

Qu’est ce qu’il ne faut pas entendre. Tu t’occupes de ton compagnon à poils longs, fais tout ce qu’il faut pour qu’il ressemble à quelque chose et voilà comment il te remercie, en te jetant comme une vieille pelure de vison jaunie.

Bon. Il est vrai qu’à un moment j’ai peut être exagéré. Je n’aurais jamais dû chercher à lui peler la toison aussi souvent, jamais.

La toison du torse.

Du dos.

Du bas ventre.

Des dessous de bras.

Et des mollets aussi. J’avoue que j’en étais venue à lui traquer le système pileux du corps entier. Au début Bertrand  -c’était son petit nom de chevet- Bertrand était plutôt flatté. Il applaudissait même, arguant que j’étais sa fée apache et que personne jamais, n’avait tant pris soin de l’enveloppe de sa cuirasse. Puis très vite, vint le moment où l’homme manqua de défaillir à chaque apparition de la pince à épiler.

—Pas la pince, pas la pince! , braillait-il d’une voix aiguë tandis que je m’acharnais sur lui.

Il faut dire que chaque jour ou presque je la lui tendais à la lumière pour qu’il se dévêtisse, s’allonge et…me laisse faire. Le soir où je m’en suis pris à son postérieur joufflu fut de toute évidence la goutte d’eau faisant déborder le vase. Qu’est ce que je n’avais pas fait. On ne touche point à l’arrière train d’un homme, qui plus est s’il est en train de dormir, c’est sacré. Ou alors on s’en approche du bout des babines. Ou du bout d’une plume pendant l’exercice coïtal à la rigueur. Pas avec une bande de cire froide de vingt centimètres de long, spongieuse, fabuleusement écarlate. C’est pourtant ce que j’ai fait, avec toute ma naïveté de femme amoureuse et dévouée. Au moment où j’ai tiré sur la bandelette, j’ai bien senti que j’avais fait une boulette mais c’était trop tard, le mal était fait. Dans un beuglement de chèvre malade effroyable, Bertrand  s’est retourné, a tenté de se reluquer l’oignon dans la demi lumière et a hurlé :

— AAAAAH ! MAIS… MAIS…AAAHHH ! QU’EST-CE QUE TU FAIS ?!!

— Euh… je m’occupe de tes poils, j’ai répondu sans réfléchir, il y en avait un très long qui poussait et…

—Un très long qui quoi ?

Dans la seconde qui suivait, il se frottait le derrière et m’assenait un : « Tu es complètement givrée ma pauvre Roinita. Je ne sais pas ce qui se trame dans ta tête mais il y a forcément un truc qui cloche. Peut être qu’un jour tu sauras garder un homme, mais moi là je ne peux plus. Je n’en peux plus d’être chassé comme une bête de somme alors même qu’il fait nuit. Donc tu vois là, je ramasse mes affaires et c’est la dernière fois que tu m’auras vu…euh de tes yeux vus. »

Effectivement, ce fut la dernière fois que je le vis, lui et son joli cul poilu. Je garderai toujours un souvenir ému de sa fesse droite, à moitié tondue et rouge de douleur s’éloigner dans un dernier soubresaut de colère, tandis que l’autre, filandreuse et velue à souhait, suivait tant bien que mal sa voisine agonisante.

Chochotte. Pauvre petite chose en fruit confit qui voulait garder sa tonsure intacte.

Que la Bête fourchue maudisse ta toison. C’est tout ce que j’ai à dire Bertrand. Fallait point décamper avec ma pince à épiler.

Voleur !

De toutes façons j’en ai racheté une, de pince.

Plusieurs en fait.

Trois pour être précise.

Dont une avec des bouts argentés et recourbés. La Rolls des pinces à épiler.

Voleur !